25 mars 2017

516ème semaine politique: Fillon, la cupidité tranquille

 

Où il est question de l'effroyable campagne de François Fillon, du  jour où le candidat désigné du Parti socialiste s'est affaissé devant celui de la France insoumise. 


Ce premier débat qui purge
Dimanche, le bilan est sévère, ou triste. Mélenchon a réussi son pari, des dizaines de milliers de manifestants place de la République à Paris. Des grincheux grimacent quand le nombre de 130 000 est évoqué. Qu'importe ! La place est pleine, plus pleine malgré la pluie que les quelques milliers terrés le lendemain dans l'enclos du AccorHotel Arena où Hamon tient meeting.

Mais l'important n'est même pas là. Le lendemain, le débat du premier tour met Hamon et Fillon K-O debout.

Lundi soir, coup de chaud sur la campagne, coup de sang. Cinq candidats du premier tour se défient et s'expliquent sur TF1. Certains refusent le spectacle, mais près de 10 millions de Français suivent l'évènement, inédit sous la Vème République. Assez vite, le bilan est quasi-unanime: Mélenchon est brillant orateur, Hamon et Fillon sont effacés et manquent de voix, Macron résiste mieux que prévu malgré une logorrhée indigeste, et Marine Le Pen tout entière xénophobe. Agriculture, climat, économie, budget, défense, tout est toujours de la faute des étrangers dans la bouche de Marine Le Pen. Cette éructation maladive, le soir d'un débat, a effacé des mois d'efforts de "normalisation" médiatique.

Le Pen reste Le Pen, la haine reste la haine.

Face à ses adversaires d'un soir, Le Pen n'en mène pas large. Elle conforte ses supporteurs, mais aussi ses opposants. L'autre fausse révélation du soir fut l'inavouée convergence Hamon/Macron/Mélenchon contre les outrances de Fillon et Le Pen. Fillon apparaît pétrifié. Il est coaché en direct, via des sms sur son portable posé discrètement sur le pupitre, dixit le Figaro.

Fillon est un zombie.

Les jours suivants, Hamon est devancé par Mélenchon dans les enquêtes. Sans surprise. Pourquoi n'avions nous pas commencé par cela, un vrai débat ? Un mois avant le premier tour, les sondages présidentiels en France depuis 1995 se sont toujours révélés fiables... sauf en 2002. Le paysage politique est instable comme jamais: pas de président sortant en campagne, deux primaires qui ont finalement échoué à désigner des candidats crédibles, des intentions abstentionnistes record qui témoignent d'une insatisfaction, les facteurs explicatifs à ces incertitudes sont nombreux.


La politique étrangère de Mélenchon
C'est sur le terrain international que les adversaires de Mélenchon tentent de porter les attaques les plus vives.

Il y a d'abord Poutine. VSD ose titrer "Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est-il “l’ami” de Poutine ?" La manœuvre est facile, elle vise à assimiler le candidat de la France insoumise à Marine Le Pen qui est justement reçue par Vladimir Poutine en fin de semaine. Cette manoeuvre est aussi une caricature. Mélenchon ne réclame rien d'autre d'autres que d'inclure la Russie dans les négociations de paix et de dés-atlantiser nos relations diplomatiques. A l'heure où Donald Trump a formulé un chantage odieux à ses "partenaires" européens (maintien de l'OTAN contre augmentation du budget de la défense à 2% du PIB), trouver d'autres équilibres est une nécessité. Il faut se résoudre à une évidence, une évidence qui a longtemps agacé l'auteur de ces lignes: en matière de politique étrangère, Mélenchon fait de la real-politik. Et cette dernière n'est pas plus indécente que celle des Chirac, Sarkozy, ou Hollande. Samedi, c'est Marine Le Pen qui s'affiche serrant la main de Poutine. La blonde présidente est allé remercier son banquier.

Il y a ensuite le prisme sud-américain de Mélenchon. On aime le dépeindre comme un adorateur de Castro, Chavez ou Maduro. Pour mieux ensuite "prédire" qu'une France sous gouvernement mélenchoniste établirait la dictature du prolétariat ou supprimerait la démocratie. Passons vite. Il suffit de lire Mélenchon dans la texte (il dédicace cette semaine au Salon du Livre de Paris) pour mesurer combien ces critiques sont ridicules.

Il y a enfin l'Europe. Macron ou Hamon sont europhiles, voire euro-béats. Ils aiment, comme nombre d'éditorialistes libéraux ranger Mélenchon dans le camp des utopistes dangereux, ou des souverainistes forcenés. Le programme de la France insoumise ne prévoit pourtant pas le chaos. Il est très différent de la stratégie ahurissante promue par Marine Le Pen. Et deux essayistes, Coralie Delaume et Aurélien Bernier, ne s'y sont pas trompés.  Dans les colonnes de Marianne, ils s'inquiètent de cette "radicalité euro-compatible": "nous espérions que la France insoumise oserait prendre à son compte la contestation de l'austérité constitutionnalisée, et éviterait d'offrir au Front national le monopole de la radicalité en matière de rupture avec l'Union européenne." Mélenchon a construit sa stratégie européenne autour d'un Plan A (on négocie) puis d'un Plan B (on sort des traités) dont les auteurs doutent de l'efficacité.

Mardi soir, l'éthique fait une victime. Bruno Leroux, rapidement surnommé Relou, démissionne aussitôt révélé qu'il avait salarié ses deux filles adolescentes pour 24 CDD successifs et 55 000 euros.... On rêve !


Fillon, la cupidité tranquille. 
Jeudi, Fillon est sur un plateau télévisé.

L'Emission Politique, France 2.

Un moment de télévision, assez court, moins de 9 minutes.

Fillon face à une auteure, Christine Angot. L'artiste explique son dégout, sa rage, son inquiétude. Elle explique calmement à Fillon qu'il n'est pas digne de la droite républicaine. Le candidat reste calme, mais fond littéralement. Il dénonce un complot ourdi depuis l'Elysée, un cabinet noir qu'un ouvrage récemment publié aurait dévoilé les ressorts. Dès le lendemain, il reconnait n'en avoir aucune preuve. Mieux encore, le livre n'est pas encore disponible et l'un de ses auteurs explique aussitôt sur les réseaux sociaux que les affirmations de Fillon sont des affabulations.

En une question, Angot a révélé le ridicule de François Fillon:
"Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide?"
Sur France 2, il explique qu'il a rendu ses costumes hors de prix offerts par un intermédiaire de la Françafrique. C'est pathétique. Il aurait du rembourser, tout comme cette montre à 10 000 euros également offert par un généreux homme d'affaires.  (Tiens, Pierre Moscovoci aurait-il lui aussi rendu ses costumes ?) Quand Angot lui révèle tout haut ce que des millions pensent tout bas, qu'il perdra face à Le Pen puisqu'il incarne la cupidité tranquille, Fillon dérape encore et justifie que ses électeurs voteront Le Pen s'il n'est pas qualifié. La peste contre le choléra ?

Pathétique.

L'enquête le concernant a été élargie à des faits d' "escroquerie aggravée, faux et usages de faux". Avec les documents saisis à l'Assemblée nationale, les enquêteurs soupçonnent Fillon d'avoir rétroactivement fabriqué des preuves du travail de sa femme à l'Assemblée. Un éminent éditorialiste trouve le bon mot pour commenter: "Faux, usage de faux, escroquerie aggravée : ce n'est plus une mise examen, c'est une récitation du code pénal." On apprend aussi que la fille de Fillon, salariée du papa, a aidé son père d'un prêt pour qu'il paye ses impôts. Du jamais vu. Elle avait déjà remboursé son mariage. On a le sens de la famille chez les Fillon, ... avec l'argent du contribuable.

Dans la même émission, Fillon est filmé au milieu d'aides-soignantes dans une maison de retraite. L'échange, tendu, illustre combien le candidat des riches est hors sol. L'une explique: "on est deux la nuit, pour 84 et on fait des soins jusqu'à trois heures du matin". Fillon répond, glacial: "bah... je pense que partout autour de nous, on est à 39 heures, voilà." Une autre réclame plus de moyens, Fillon, impassible: "vous voulez que je fasse de la dette supplémentaire?".

Le salaire moyen d'une aides-soignante est de 1 700 euros bruts par mois. Fillon a accordé à ses deux enfants entre 3800 euros et 4800 euros par mois en tant qu'assistants parlementaires fictifs, avec l'argent des contribuables.

Vous voulez qu'il fasse de la dette supplémentaire ?