20 août 2016

485ème semaine politique: ce qu'il ne faudrait plus faire en politique.



Le président va au Vatican embrasser la main du pape. Il parait qu'il y a des arrières-pensées, s'indigne le Figaro. L'ex-Pravda de Sarkofrance avait l'indignation rare quand Sarkozy officiait à l'Elysée.

La presse se régale surtout des "révélations" de l'un de ces livres politiques de rentrée à propos de François Hollande: le président s'est confié 32 fois en quelques mois à deux journalistes avides de micro-scoops et fausses nouvelles. Ce n'est plus une opération de com' de plus, c'est un bombardement de la dernière chance. Ses plus proches soutiens sont tétanisés par cette énième gaffe. Hollande évoque sa méfiance à l'encontre de Bolloré, sa relation avec Julie Gayet, son "manque de bol" avec le chômage, ses hésitations et autres troubles élyséens. Il y en a pour tout le monde, Closer, Ozap, Le Point et consorts.  

Finalement, l'exercice pète à la figure du locataire de l'Elysée: Hollande parait si commentateur de sa propre aventure, si éloigné de l'action, si spectateur de son mandat, qu'on en oublierait qu'il est pourtant président.

Cet exercice de vraie-fausse transparence a tout du fiasco. Comme souvent, il n' y a que le principal intéressé à ne pas le réaliser.

Son jeune préféré, Emmanuel Macron, se montre au spectacle du Puy-du-Fou. Il avoue n'être "pas socialiste", qui en doutait ? Il loue le seigneur des lieux, "un entrepreneur culturel", le vicomte Philippe de Villiers.
"L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste." Emmanuel Macron.
Qui peut penser que cela intéresse l'électrice ou l'électeur ? Côté écologiste, Cécile Duflot publie une longue profession de foi pour expliquer sa nécessité personnelle à se porter candidate à la primaire des ... écologistes.  

On croit rêver.

De l'autre côté de l'échiquier, la parole publique ne se porte pas mieux. Dans quelques jours, le plus grand des menteurs, sauveur de pacotille, aka Nicolas Sarkozy, annoncera sa fausse surprise de candidature dans l'un des fiefs estivaux de son rival Jean-François Copé. Ce dernier l'a mauvaise: "Cela fait dix ans que je fais ma rentrée politique à Châteaurenard, donc c'est vrai que lorsque j'ai vu que Nicolas Sarkozy faisait son lancement de candidature à Châteaurenard, j'ai trouvé cela assez cocasse." Eric Woerth, l'ancien ministre du budget de Sarkozy dont l'épouse était conseillère financière de l'une des plus grandes exilées fiscales du pays jusqu'en 2010, annonce son soutien à son ancien monarque. L'assisté électoral Laurent Wauquiez trépigne et espère mettre la main sur la présidence intérimaire des Républicains.

La politique française se meurt, n'est-ce pas ?

On s'écharpe aussi  encore sur cette interdiction de Burkini sur quelques plages françaises. La mesure adoptée par une poignée de municipalités de droite, confortée par la Justice, doit concerner quelques dizaines de provocatrices sur le territoire, mais la France a l'indignation facile. Donc elle s'indigne. Elle râle, elle éructe.

Où est passé la démocratie ?

L'Amérique nous donne un sacré mauvais exemple de conséquences de ces éructations à répétition. Ces dernières ont propulsé Trump en tête du camp républicain. Sa campagne est un chemin de croix pour la démocratie américaine, une descente aux enfers du ridicule. L'Oncle Sam devient un clown haineux sous nos yeux. A onze semaines du résultat, Donald Trump vire son équipe de campagne, et balance son premier spot télévisuel, anxiogène à souhaits, tandis que sa rivale a déjà englouti une cinquantaine de millions de dollars publicitaires. Ses slogans sont primaires, ses accusations outrancières (comme lorsqu'il accuse Clinton de vouloir laisser déferler des "hordes de réfugiés syriens" ou de "faire venir des immigrés criminels").

Trump est une honte collective.Cela ne vous rappelle rien ?

En France, comme en Amérique, les vrais sujets sont pourtant aisément identifiables. Ils sont difficiles, ardus, complexes, parfois sans solution immédiate.

Ils méritent de l'effort.

Ainsi des conditions du travail aujourd'hui. L'INSEE voit la courbe du chômage enfin s'inverser. Mais pourquoi survolé ainsi un sujet au cœur des préoccupations ? Le chômage n'a droit qu'un traitement sans intérêt. Il n'est plus qu'un débat statistique, personne n'ose ni ne veut en raconter la réalité, celle du travail partiel contraint, la hausse des découragés du marché de l'emploi, ou la transformation du salariat en auto-entrepreneuriat précarisé. La profonde chute du chômage dans des pays voisins s'est accompagnée d'une hausse du travail précaire. Mais relater les conditions du travail d'aujourd'hui n'intéresse pas.

Le débat démocratique est mal en point: une République se gouverne sur le compromis et l'analyse. L'accélération du temps médiatique et l'incapacité collective à calmer l'hystérisation du débat public empêchent tout progrès. Comment le débat est-il encore possible quand nos responsables de tous bords présentent chaque problème comme une question de duel à mort ? Comment est-il possible quand on fait croire que la politique résout tous les problèmes.

Politique, année zéro ?