16 décembre 2017

554ème semaine politique: de quelle traque Macron est-il le nom ?


Où l'on parle du SMIC, de Jupiter à Chambord, des petits amendements à la loi de finance 2018, et de la traque aux migrants que le président-sourire a finalement ordonné.


Le blues des godillots 
Quelle nouvelle ! Un tiers des député(e)s de la République en Marche, soit près d'une centaine de parlementaires, auraient un "coup de blues" et douteraient de leur efficacité.
"D’après plusieurs cadres du groupe majoritaire, le malaise éprouvé par certains au début de la législature s’est confirmé – voire amplifié –, au point de toucher aujourd’hui près d’un tiers des troupes. « Une centaine sont perdus pour la cause », atteste l’un d’eux, quand d’autres évaluent plutôt à « une cinquantaine » le nombre d’élus désœuvrés sur un total de 313 membres."  Source: Le Monde
Ces élu(e)s devraient se rassurer. Ils sont malheureusement utiles, utiles de la façon la plus funeste qui soit: utiles pour voter silencieusement les lois souvent iniques de cette mandature: réduction de la Sécurité sociale, réduction des droits des salariés, réduction des impôts pour les plus fortunés et les revenus du capital, normalisation de l'état d'urgence dans la loi ordinaire, et maintenant traque des migrants... Bref, ces élus sont bien utiles à cette sinistre présidence...  tant qu'ils resteront godillots: une foule  hétéroclite, souvent encore anonyme, et qui ne doit sa place de député(e) qu'au jeune monarque. On peut comprendre qu'elle reste docile.

D'autres de ces élu(e)s s'inquiètent de gagner moins, les pauvres bichous. LREM les avait sans doute mal briefé. Heureusement, l'Assemblée vient de se voter la possibilité de rembourser 1200 euros de loyer mensuel par député. Une gigantesque APL, mais que pour les député(e)s... Le 11 décembre dernier, le premier questeur Florian Bachelier (LREM) a ainsi informé ses collègues de l'hémicycle  qu’ils auront, à partir du 1er janvier 2018, "la possibilité de louer un logement dont le loyer sera pris en charge par le budget de l’Assemblée Nationale à une hauteur aujourd’hui estimée à 1 200 € par mois."

Tranquille, cool cool zen zen.

La vie est trop belle en macronista.

"Les riches n'ont pas besoin de président."  
Cette formule qui claque émane de Benjamin Griveaux, le nouveau porte-parole du gouvernement, et futur maire de Paris paraît-il. Grivaux a raison, le président des riches est surtout leur obligé, le travailleur détaché de cette France d'en haut qu'il convient d'observer à l’œuvre, le chef d'une équipe de millionnaires qui donnent des leçons de modernité et impose son programme à plus pauvres qu'elles.

Les riches ont-ils seulement besoin de cadeaux ?

L'Assemblée vote ainsi une seconde fois la loi de finances pour 2018, car le Sénat avait charcuté quelques mesures symboliques. Au fil des semaines, on repère ainsi quelques nouveaux cadeaux pour cette France d'en haut: baisse du taux d'imposition des plus-values professionnelles à 12,8% (et la TVA que paye le plus grand nombre ?), relèvement de 150 000 à 250 000 euros du montant de l'exonération partielle de plus-values immobilières dont bénéficient les redevables non-résidents fiscaux résidant dans un autre État de l'UE (la France manque-t-elle de propriétaires qu'il faille chercher à en attirer de l'étranger?), déductibilité des dons opérés entre le 1er janvier et le 15 juin 2018 pour le calcul de l'impôt sur la fortune immobilière 2018 (oh le joli cadeau !); élargissement de la réduction d'impôt sur le revenu au titre des dons aux fondations d'entreprise aux mandataires sociaux, sociétaires, adhérents et actionnaires des entreprises fondatrices ou de leur groupe; ou encore supression de la condition de départ à la retraite pour le bénéfice de l'abattement de 500 000 euros sur les plus-values de cession réalisées par les dirigeants de PME.

Le 1er janvier prochain, le SMIC augmentera de 12 centimes par heure.

Ou 18,20 euros par mois.

Brut.

Nul coup de pouce. Qui pouvait imaginer qu'il en soit autrement ? Le "coût du travail" est si lourd. Cette présidence reste l'incarnation fusionnée des deux quinquennats précédents, présidence des riches et des patrons. Le ministère du travail se paye le luxe de préciser que le revenu des Smicards augmentera même de 20 euros de janvier à septembre puis de 35 euros à partir du 1er octobre grâce à la baisse des cotisations chômage. L'argument est cocasse quand on sait qu'il semble occulter la hausse parallèle de la CSG et qu'il masque le projet de supprimer ces revalorisations automatiques du SMIC sur l'inflation. 

Hasard ou fâcheuse coïncidence, voici qu'on apprend au même moment que Jupiter fêtera ses 40 bougies au Château de Chambord, qu'il a réservé "sur les deniers personnels du couple". Un lieu cosy, des espaces différents pour accueillir dans l'intimité 80, 100 ou même 2000 personnes. Salle des Chasses ou des Illustres, Bras de Croix ou Salle des Rabatteurs, le décor est somptueux, aussi somptueux que la vie au SMIC affectée par quelques milliards de déremboursements de la Sécu supplémentaires, sera pénible.

Jupiter n'a peur que des symboles qui dérangent son story-telling toujours à la limite de l'indécence. Le séjour à Chambord sera donc limité à l'essentiel, 800 euros par chambre pour une poignée d'intimes, puis une fête d'anniversaire samedi soir "dans les salons du château, après l'heure de fermeture", dans une salle privatisée "dont on ne connaît pas le prix."


La traque
Mardi, Macron convie la finance mondiale pour parler écologie. Il recycle d'anciennes annonces, déjà modestes.  Quelques présidents et beaucoup de patrons vont jusqu'à flotter sur la Seine sur un bateau dénommé Mirage. Cela ne s'invente pas. Nicolas Hulot fait des selfies avec Schwarzy.

Jeudi un ancien président, qui renonça à se prononcer faute de succès, fustige Mélenchon. François Hollande est à la radio, sur RTL. Il sort de toute réserve, et s'imagine devoir jouer un rôle. Loin de rassembler, il tacle et attaque... sur sa gauche. Et tresse des lauriers à son successeur. Il oppose Mélenchon à ... Georges Marchais. Le rapport ainsi établi entre insoumis et l'ancien PCF stalinien est cocasse et totalement asynchrone. Hollande reste bloqué, comme son jeune successeur dans une France des années 80, parfois 70.

Bizarrement, Hollande occulte l'un des sujets du moment, les migrants. Son gouvernement n'a pas été très digne quand il s'est agi de faire face aux conséquences migratoires des guerres civiles au Moyen Orient. On se souvient de la poignée de milliers de migrants que Valls a péniblement acceptée d'accueillir. Macron ne fait pas mieux - à peine 10 000 places pour les réfugiés a-t-il promis ... d'ici 2019. C'est un peu plus que le nombre de morts de réfugiés chaque année en Méditerranée. Bel effort ! Quand Hollande parle de Macron, il est silencieux sur ce sujet précis.

Et pourtant...

"Au fil des jours, la 'ligne Macron' devient plus nette et dessine une politique migratoire d’une rudesse sans précédent." Ce constat n'émane pas d'un opuscule gauchiste, mais du quotidien Le Monde, peu suspect d'anti-macronisme primaire. En cause, la énième charge du gouvernement Macron contre les migrants en France. A l'étranger, Macron philosophe de quelques bons mots sur les droits de l'homme, en France, ses instructions sont de traquer les hommes, femmes et enfants réfugiés des crises au Moyen Orient et en Afrique. Le décalage entre le discours du président-sourire et la réalité de l'action jupitérienne est total, et indécent.
"L'honneur de la France est en jeu." Editorial du Monde daté du 16 décembre 2017
Les forces de sécurité - police ou gendarmerie - détruisent les abris, lacèrent les tentes de refuge (comme à Paris), éparpillent de force, jettent les couvertures, ou enferment des familles dans des centres de rétention. Le 20 novembre dernier, le sinistre ministre de l’intérieur, Gérard Collomb a ordonné à chaque préfet des expulsions massives et "un plan de bataille départemental" pour la suite de l'hiver. Par une circulaire du 12 décembre, des " équipes mobiles" sont ensuite créées pour améliorer "l’identification des situations administratives dans l’hébergement d’urgence" et envoyées dans les hôtels sociaux pour "faire le tri" entre les réfugiés.
Oui, on appelle cela une traque. Elle nous rappelle les méfaits d'un autre quinquennat, l'hypocrisie d'un second. Mais cette traque-là semble prendre une dimension plus importante que les précédentes. Et ce ne sont pas les belles déclarations sur l'Europe "berceau de la démocratie", les généreuses citations littéraires ou les grands hommages philosophiques de Jupiter qui l'occulteront. Oh certes, il y a encore des diversions.

Ainsi l'audiovisuel public est-il encore "dans la tourmente". En début de semaine, Jupiter fustige la direction des sociétés publiques concernées. Une déclaration ultra-violente devant des députés, et opportunément fuitée à la presse - l'audiovisuel public serait une "honte pour nos concitoyens".

Macron singe Sarko, qui se croyait directeur des programmes. Macron joue aussi sur les cordons de la Bourse. France Télévisions est ainsi sommée de réduire son budget de 36 millions, et supprimer au passage environ 200 postes. Initier des plans sociaux dans les entreprises et services publics n'est pas une surprise. C'est une promesse du candidat Macron.


Ami macroniste, non, tu n'es pas inutile.

Regarde les désastres que tu as rendus possible.